Guides d'écoute
Legrand Jazz (1958) : le soir où le prodige français a convaincu New York
Par Étienne Collaud · 08 juillet 2026 · 2 min de lecture
Il faut mesurer l’audace. En 1958, le jazz est une affaire américaine et New York en est la capitale mondiale. Débarque un Français de vingt-six ans, connu pour ses albums d’arrangements de chansons, qui propose de réécrire des standards du répertoire à sa manière. Et les musiciens qui répondent à l’appel ne sont pas des seconds couteaux : Miles Davis participe à une partie des séances, entouré de certains des plus grands noms de l’époque.
Le résultat s’appelle Legrand Jazz, et soixante ans plus tard le disque n’a pas pris une ride.
Ce qu’il faut écouter
Commencez par les plages avec Miles Davis. On y entend une rencontre improbable : la trompette la plus économe du jazz posée sur des arrangements luxuriants, pleins de contrechants et de couleurs d’orchestre. Legrand n’accompagne pas les solistes, il les met en scène. Chaque standard est repensé de fond en comble, réharmonisé, réorchestré, parfois méconnaissable pendant huit mesures avant que le thème ne surgisse.
C’est là que le disque devient une leçon : on y entend déjà tout le Legrand des années Demy. Les tapis de bois et de cuivres, les basses qui descendent par mouvements chromatiques, le goût du contrechant qui chante autant que la mélodie. Les Parapluies de Cherbourg sont déjà là, en germe, dans un studio new-yorkais de 1958.
Pourquoi ce disque compte dans la discographie
Parce qu’il règle une fois pour toutes la question du statut. Legrand a souffert toute sa vie d’être classé « compositeur de musiques de film qui fait du jazz le dimanche ». Legrand Jazz prouve le contraire dès le départ : le jazz n’est pas chez lui un vernis, c’est la langue maternelle. Sa carrière de pianiste de jazz, en trio ou avec orchestre, ne s’arrêtera d’ailleurs jamais.
Quelle édition choisir
Le disque a été réédité de nombreuses fois, en vinyle comme en CD, et les éditions ne se valent pas. Mes critères, dans l’ordre : un remastering récent depuis les bandes d’origine, mentionné explicitement ; un livret qui documente les séances (dates, personnel complet par plage) ; et pour le vinyle, un pressage récent plutôt qu’un exemplaire d’occasion fatigué, sauf si vous savez évaluer l’état d’un disque de soixante ans.
Si vous hésitez entre deux rééditions, celle qui détaille le personnel des séances gagne. C’est le signe qu’un éditeur a fait le travail.
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